Le Monument aux Morts de Barcelonnette

L’histoire du monument de Barcelonnette

par Hubert Tassel

 

Les souscriptions pour le Monument aux Morts de Barcelonnette ont commencé dès le 19 octobre 1919 à l’initiative du maire Ed. Garcin et de l’abbé Chabot archiprêtre au sein d’un comité du Monument aux Morts pour la Patrie de Barcelonnette dont faisaient partie E. Grasset, banquier, F. Massot cafetier, A. Pellotier adjoint au maire, E. Dunand, hôtelier. De temps à autre, la liste des donateurs paraît dans le Journal de Barcelonnette. Les sommes varient d’un Franc à 100 Francs environ. Le franc 1914 vaut 3,12 € de 2009. Dès la fin de la guerre, l’idée de réaliser un monument en commun avec toutes les communes de la vallée a germé au sein du comité. Même Allos a été intégré dans cette volonté commune. Le Comité du Monument aux Morts s’est donc adressé aux maires de toutes les communes concernées pour obtenir tout d’abord leur adhésion morale puis leur concours financier sous forme de souscription. Tous les maires ont répondu favorablement à cette demande mais chaque maire avait également la légitime ambition de faire élever un monument aux morts dans sa propre commune.
En janvier 1920, Léon Richaud a donné 1 Franc, Fossatti 2 Francs. La quête du bal du 27 septembre 1919 a recueilli 31 Francs. La société de secours mutuel 100 Francs. Manuel Maximin 100 Francs. Début 1920, on a recueilli 20 860 Francs et 90 centimes. Lors de la parution de la 9e liste en novembre 1920, on a en tout 32 206 Francs, 45 centimes dont 25 Francs d’A. Clariond de Kinshasa, 20 Francs de Marcel Léautaud du Congo et 500 Francs de Léon Honnorat.
Cette somme est hélas insuffisante. C’est pourquoi Paul Reynaud fait appel aux compatriotes du Mexique. Il s’est acquitté de cette mission avec un certain succès puisque finalement ce sont 38 362 Francs et 50 centimes qui sont récoltés auprès des Mexicains, somme supérieure à celles recueillies dans la vallée.
Le comité décide de créer un square au pied de la ville sur un terrain en forme de vaste triangle appartenant à M. Eugène Lions, acquis à un prix très inférieur à sa valeur réelle.
En novembre 1921, le comité de Barcelonnette annonce que le célèbre sculpteur Paul Landowski a donné son accord pour réaliser le monument de Barcelonnette ainsi que celui de St-Paul. En mai 1922, le comité demande aux familles de vérifier auprès des communes si le nom de leur disparu est bien inscrit sur la liste des noms qui seront gravés sur le monument de la vallée.

A la déclaration de la guerre, Paul Landowski est incorporé au 35e Régiment d'Infanterie Territoriale. Il est notamment à la section de camouflage. Ce grand prix de Rome devient un des sculpteurs officiels de la commémoration.
Paul Landowski va élever ce genre en constant chef d'œuvre. Ayant participé à ce conflit, Paul Landowski s'était juré, s’il revenait, de rendre hommage aux soldats morts. Dans son journal, il affirme « si je reviens, les morts, je les redresserai ». Ci-dessous, le célèbre monument « Les Fantômes » érigé sur la butte de Chalmont dans l'Aisne, à l'endroit précis où s'infléchit le sort de la seconde bataille de la Marne qui conduisit à la victoire. « Ces Fantômes » dressent leurs silhouettes granitiques sur ce lieu désormais historique. Le groupe est constitué de sept soldats, hauts de huit mètres, chacun incarnant une arme : une jeune recrue, un sapeur, un mitrailleur, un grenadier, un colonial, un fantassin, un aviateur. Les soldats aux paupières closes sont dressés dans une position légèrement oblique comme des morts se relevant du champ de bataille. Ils entourent et protègent de leurs corps la figure nue, emblématique du jeune héros martyr. En bas du vallon, une autre statue symbolise la France.

Les Fantômes

La France

Commencé en 1919, ce monument fut inauguré en 1935. Il est aujourd'hui considéré par beaucoup comme le plus beau et le plus émouvant des monuments à la mémoire des soldats morts au champ d'Honneur.
C’est ce qu’il veut également faire à Barcelonnette. Cependant le projet proposé pour Barcelonnette est critiqué d’autant plus qu’il ressemble à une autre œuvre dans l’Eure à Neubourg. En effet, si l’on compare les deux œuvres, on s’aperçoit qu’elles sont quasi identiques. Les deux poilus ont l’un à gauche une pelle, l’autre à droite un fusil. La seule différence est relative à la coiffure puisque sur le monument de Barcelonnette, le fantassin est remplacé par un alpin, coiffé de la légendaire « tarte ». Les Barcelonnettes vont jusqu’à le surnommer « le calendrier des Postes ».

Le Neubourg

Il consiste en un mur simple qui comprend en son centre, deux poilus évidemment debout, vêtus d’un uniforme de fantassin et l’autre d’une tenue de chasseur alpin. Le groupe se détache du mur de façon réaliste. Mais le sculpteur maintient son projet et en guise de compensation s’engage à offrir une autre œuvre à la ville.
En 1922, il écrit effectivement à Paul Reynaud et lui propose en souvenir de l’aide apportée par le maréchal Berwick pour le rattachement de Barcelonnette à la France d’élever une statue qui sera installée sur la place tout juste créée à la sortie est de Barcelonnette.

Statue de Berwick

Le 19 août 1923, jour grandiose que celui de l’inauguration du monument aux morts de Barcelonnette. Pour la première fois, le Journal de Barcelonnette reproduit une photo du monument. Après la messe, le cortège avec toutes les autorités présentes se dirige d’abord vers la place Manuel afin de se recueillir sur la modeste plaque réalisée à partir des dons de la colonie mexicaine par le sculpteur Feitu en hommage aux deux cent quarante et un Français revenus en France pour se battre et aux onze Mexicains qui se sont engagés aux côtés des Français. M. Dou maire, suivi de l’avocat de la Légation du Mexique à Paris prend la parole. De nombreuses lettres d’autorités absentes sont aussi lues comme celle de M. Limantour, ancien ministre des Finances du Mexique en présence des vingt maires de la vallée, de nombreuses autorités, d’anciens combattants, de la section d’éclaireurs de France, du commandant Mellier à cheval, suivi de son bataillon, le 15e BCA.
Des couronnes impressionnantes sont déposées au pied du mur. Après l’hommage habituel aux morts, le dépôt de gerbes, la bénédiction de l’archiprêtre, l’appel aux noms des vingt communes par André Honnorat. « Chaque maire, ceint de son écharpe, s’avance de quelques pas et proclame à haute voix le nombre de ses morts puis un enfant vient déposer des fleurs sur les marches du monument tendu d’un drapeau tricolore. Puis trois gracieuses jeunes filles du cours complémentaire s’avancent alors et récitent l’hymne aux morts de Victor Hugo » peut-on lire dans le Journal de Barcelonnette. La cérémonie se termine par de nombreux discours.
Le maire, M. Dou remercie le comité de la remise de ce monument désormais placé sous la protection du Conseil municipal « qui sera l’objet de toute sa tendresse, de tous ses soins, et d’une vénération constante ». Puis viennent les discours de Paul Olivier au nom du Comité du monument aux morts « qui peut être fier de la création de cette place et de l’exécution du magnifique monument sur le fronton duquel sont écrits ces mots : « La Vallée de Barcelonnette à ses enfants morts pour la France », du général Bordeaux, commandant le groupe fortifié des Hautes et Basses-Alpes.
Le député Paul Reynaud, quant à lui, parle de l’artiste qui « a compris que rien ne serait plus émouvant que la simple liste des cinq cents vingt-deux noms des morts de la vallée et qui, laissant de côté les coqs gaulois et les accessoires auxquels ont recours ceux qui pensent avec le cerveau d’autrui, a gravé ces noms sur un mur simple et nu. Et devant ce mur tragique, il a campé deux soldats, portant le lourd harnais de la guerre, deux soldats massifs et cependant rayonnants de la volonté de tenir et de la patience héroïque des soldats de cette guerre de quatre ans ».

Inauguration du Monument aux Morts

Inauguration du Monument aux Morts

Inauguration du Monument aux Morts

Les photos du monument aux morts de Barcelonnette, lors de l’inauguration du 19 août 1923. Au verso de la photo où l’on peut voir Paul Reynaud durant son discours, le député écrit ceci :
En souvenir du 19 août 1923 / avec mes amitiés / Paul Reynaud [photo coll. Mme Gain].


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