Hôpitaux Militaires dans la Guerre 1914-1918

Les Hôpitaux militaires pendant la Grande Guerre

Répertoire des marques postales sanitaires pour les Basses-Alpes

 

Le service de santé militaire pendant le premier conflit mondial.

La guerre de 1914-18 s’inscrit dans un registre nouveau, tant du point de vue de la stratégie militaire que de l’armement utilisé. La stratégie de « l’offensive à outrance », telle qu’elle se dessine dès la stabilisation du front, en octobre 1914, déverse des flots de blessés dont la prise en charge immédiate à proximité de la zone des combats se révèle impossible. Le nombre insuffisant de formations sanitaires et le manque de personnel compétent contraignent à des évacuations massives et anarchiques de soldats vers l’Arrière.
Le transport des blessés est effectué en ambulances hippomobiles ou automobiles depuis les formations sanitaires de première ligne vers les hôpitaux d’origine d’étape (H.O.E.). Structures hospitalières intermédiaires entre l’Avant et l’Arrière, les H.O.E. assurent une triple fonction : recueillir tous les blessés et malades arrivant du front, opérer les soldats intransportables et préparer les évacuations par trains et parfois en péniches vers les hôpitaux de l’Arrière.
Face à cet afflux de blessés, les Hôpitaux permanents, militaires ou civils, sont rapidement saturés et des établissements temporaires vont ouvrir sur tout le territoire pour fournir des lits supplémentaires.

Dès le début de la guerre, les formations sanitaires ont bénéficié de la franchise militaire pour les soldats en traitement et pour tout le personnel civil ou militaire. La vallée de l'Ubaye dépendait de la 14e Région Militaire (Lyon) tandis que le reste du département était rattaché à la 15e Région Militaire (Marseille).

 


Une ambulance transportant les blessés hors des zones de combats.
Carte photo avec une vignette de la Société Française de secours aux blessés militaires
" Ils se battent pour nous, soignons leurs blessures ".



Une ambulance automobile.

 

La Première Guerre mondiale a demandé un effort exceptionnel en matière de santé militaire compte tenu de l'ampleur du nombre de blessés à traiter. Dès 1915, une commission supérieure consultative des services de santé est formée afin de proposer des solutions pour rendre plus efficace la prise en charge des blessés et des malades. La Croix Rouge va trouver naturellement sa place dans ce dispositif, le rapporteur de la commission, Joseph Reinach, louant tout particulièrement le rôle des infirmières auprès des malades, autant du point de vue médical que psychologique.

Le principal problème relevé après les premiers mois de guerre, outre l'importance du nombre de blessés à traiter, tient à la rapidité de leur évacuation. Pour simplifier, celle-ci se déroule selon les étapes suivantes: soins d'urgence puis premier tri effectué par les formations sanitaires de l'avant (postes de secours, ambulances), gares d'évacuation de l'avant situées dans la zone des armées et transfert en train vers les gares régulatrices de l'arrière où les blessés sont pris en charge dans un hôpital d'origine d'étape situé à proximité. En fonction de la gravité des blessures constatées (seuls les blessés intransportables sont amenés à faire des séjours plus longs dans ces hôpitaux), les militaires sont transférés par train sanitaire vers les lieux d'hospitalisation disséminés sur tout le territoire. Dès ce premier niveau, on peut rencontrer des personnels de la Croix Rouge, en particulier des infirmières, dans les gares ou dans les trains d'évacuation (à condition que ces derniers soient à intercirculation, c'est à dire que l'on puisse circuler d'un wagon à un autre, chose fort rare au début de la guerre).

C'est cependant dans les hôpitaux que les personnels de la Croix Rouge vont apporter une aide précieuse. En 1914, la France comptait deux types d'hôpitaux: les hôpitaux militaires gérés par le service de santé des armées et les hôpitaux civils (à caractère public ou privé). Le nombre de soldats à traiter dès les premiers mois de la guerre va rendre indispensable la multiplication du nombre d'établissements d'où l'utilisation des hôpitaux civils qui deviennent "mixtes" (une partie de l'établissement est réservée aux militaires) et la création dans toute la France d'hôpitaux temporaires (pour la durée du conflit) de taille variable et dans des locaux très divers (écoles, lycées, hôtels, couvents, usines, casinos, ...) :

- hôpitaux complémentaires contrôlés par le service de santé des Armées.
- hôpitaux auxiliaires contrôlés par la Croix Rouge.
- hôpitaux bénévoles d'initiative privée.

Était par ailleurs posée la question des compétences des infirmières (toutes n'étant pas diplômées) et du bien fondé de leur présence auprès des blessés. Aussi, la commission de 1915 exige la stricte application du décret de mai 1913 sur le port d'un costume identique (propriété de la Croix Rouge et garanti par l'autorité militaire) pour les infirmières des trois sociétés reconnues avec une marque distinctive pour chacune d'elles (les infirmières n'appartenant pas à une de ces trois sociétés ont l'interdiction de porter la coiffe blanche avec croix rouge). En outre, le principe d'un livret individuel, déjà adopté par la SSBM, est étendu aux deux autres sociétés, l'ADF et l'UFF.

La France s'était en effet associée très rapidement (mai 1864) au projet du Suisse Henri Dunant concernant la création d'une organisation de secours prenant pour emblème une croix rouge sur fond blanc: le Comité International et Permanent de Secours aux Blessés Militaires, plus tard Comité International de la Croix Rouge. La première Convention de Genève fut ainsi signée en août 1864 par 16 États.

La section française de la Croix Rouge prit le nom de Société de Secours aux Blessés Militaires (SSBM) et elle se développa peu à peu dans la deuxième moitié du XIXème siècle. Cependant, des dissenssions éclatant, elle se scinda en trois sociétés, toutes reconnues par la Croix Rouge:

- la SSBM.
- l'Association des Dames de France (ADF), créée en 1879, d'obédience catholique.
- l'Union des Femmes de France (UFF), créée en 1881, d'obédience protestante.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclata, les trois sociétés s'engagèrent dans le conflit avec personnel et hôpitaux, leurs efforts étant coordonnés par un comité central. [source]

Les différents établissements sanitaires ayant accueilli des militaires dans les Basses-Alpes sont répertoriés ci-dessous et classés par communes, ainsi que les marques postales afférentes connues. Des fiches techniques réalisées en PDF par Jehan Lande viennent compléter cette présentation et sont visibles en cliquant sur les liens soulignés dans le texte ou sur certaines images de cachets.

 

Barcelonnette

Hôpital Mixte, hôpital-hospice civil disposant de salles militaires avec 12 lits, ouvert dès le temps de paix.
Infirmerie-Hôpital des casernes avec 60 lits, ouvert dès le temps de paix.
Hôpital Complémentaire (H.C. sans N°), caserne avec avec 69 lits, ouvert du 12/08/14 au 25/11/14.


L'Hôpital-hospice de Barcelonnette.


Infirmerie-Hôpital des casernes de Barcelonnette.


R. Galimbert, infirmier, 14e Section à Barcelonnette.

 

Beauvezer

Établissement de l'A.C.M. (Assistance aux Convalescents Militaires) N°156, association née en août 1914, au profit des convalescents ne sachant où aller, soldats dont la famille habitait les régions envahies ou autre. Cette association a beaucoup travaillé avec les Hôpitaux-Dépôts de Convalescents, et fut aussitôt rattachée au ministère de la guerre. Ces établissements sont toujours de faible capacité car souvent établis chez des particuliers. L'Alp-Hôtel avec 20 lits a ouvert du 15/06/15 au 01/01/16.


L'Alp Hôtel à Beauvezer - Établissement N° 156.

 

Colmars

Établissement de l'A.C.M. N°157 avec 20 lits ; a ouvert du 15/06/15 au 10/10/15.


L'Hôtel Maurel à Colmars - Établissement N° 157.

 

La Condamine

Avant 1906, date de la mise en service de la caserne Taron de La Condamine, il n'y avait qu'une infirmerie-régimentaire installée dans les Baraquements de l'Ubaye. Cette infirmerie-régimentaire était appelée "Hôpital Ubaye" ou "Infirmerie de La Condamine".
Après 1906, la caserne Taron est la seule à avoir l’appellation Hôpital. Cet hôpital est appelé indifféremment "Hôpital de La Condamine" ou "Hôpital de Tournoux / La Condamine". L'hôpital compte 60 lits.
L'Hôpital Complémentaire de Tournoux (H.C. sans N°) à La Condamine, ouvert du 02/08/14 au 25/11/14, était un hôpital pour les blessés allemands.


La caserne Taron, Hôpital militaire de La Condamine.


Un infirmier à La Condamine.

 

 

Digne

L'hôpital-hospice de Digne est un hôpital mixte, appelé Hôpital principal N°1 ou Hôpital N°1 ou encore Hôpital Mixte N°1. Avec 145 lits militaires, il a accueilli les premiers blessés le 13 septembre 1914. Près de soixante-dix soldats décédés des suites de leurs blessures ont été inhumés au carré militaire du cimetière du bourg.


L'Hôpital-hospice mixte de Digne.

 

L'hôpital principal comporte trois annexes :

- Hôpital Annexe N°2, école Normale d'Institutrices, rue Joseph Reinach, ouverte le 25/08/14, arrivée des 100 premiers blessés le 17/09/14.

- Hôpital Annexe N°3, collège de jeunes filles (ancien grand séminaire, place des Cordeliers), ouvert le 15/09/14 avec 200 lits, arrivée des premiers blessés le 17/09/14, au nombre de 102, fermeture en février 1916.


Le Collège de jeunes filles.

Collège de Digne

- Hôpital Annexe N°4, clinique des Drs. Gassend et Damas, avenue des Bains, ouverte le 15/09/14, arrivée des 30 premiers blessés le 17/09/14, le nombre de lits est de 35.

Un Hôpital Complémentaire N°61, au pensionnat libre du Sacré-Cœur avec de 50 à 120 lits, a ouvert du 7/11/14 au 21/03/16 et est ensuite devenu Hôpital-dépôt de convalescents du 31/03/16 jusqu'au 08/10/18, dernière date connue.


Le Pensionnat du Sacré-Cœur, Hôpital Dépôt de Convalescents.

Établissement de l'A.C.M. N°71, maison particulière Villa Reinach, avec 20 lits, ouvert du 16 décembre 1914 au 30 avril 1917.


La Villa Reinach à Digne - Établissement N° 71.

Établissement de l'A.C.M. N°171, Villa Garcin, avenue de l'École Normale, avec 20 lits, ouvert le 1er janvier 1916 jusqu'en 1918.

 

Forcalquier

Hôpital Bénévole N°74bis de l'Œuvre Sociale avec 50 lits, ouvert du 07/10/14 au 01/01/16. Les Hôpitaux Bénévoles furent créés peu après le début de la guerre par des comités privés ou même des particuliers. Ils portent presque toujours un N° bis.


L'Hôpital bénévole avenue Saint-Marc.

 

Hôpital Auxiliaire de Forcalquier, installé dans la maison du marquis d'Autane place Martial Sicard, aujourd'hui devenue sous-préfecture et étude notariale.

 

Gréoux-les-Bains

Hôpital Bénévole N°151bis, Casino et Établissement thermal avec 105 lits, ouvert du 01/03/15 au 03/01/19.

Casino de Gréoux-les-Bains
Le Casino de l’Établissement Thermal transformé en Hôpital militaire.



 

 

 


Remise de décorations à l'Hôpital de Gréoux-les-Bains le 19 septembre 1915.

 

Manosque

Hôpital Bénévole N°82bis, Hôpital Sainte-Barbe rue Léon Mure avec 30 lits, ouvert du 23/12/14 au 31/03/16.


L'Hôpital Ste-Barbe, rue Léon Mure.

 

Sisteron

Hôpital Bénévole N°103bis, Hospice civil avenue de la gare avec 74/94 lits, ouvert du 02/08/14 au 27/06/19.

Hopital de Sisteron
L'Hôpital civil de Sisteron, avenue de la Gare.

 

Hôpital Auxiliaire N°49 de la S.S.B.M. dans l'ancien couvent des Clarisses, rue du Jalet, avec 30 à 40 lits, ouvert du 26/09/14 au 10/12/17.

 

Valensole

Établissement de l'A.C.M. N°10 avec 20 lits ; a ouvert du 01/01/15 au 15/10/15.

   
L'Hospice de Valensole - Établissement N° 10.

 

Sources

- Guy Gallicet, Les formations sanitaires des Basses-Alpes pendant la guerre 1914/18.
- François Olier et Jean-Luc Quénec'hdu, Hôpitaux militaires dans la guerre 1914-1918, tome IV - France sud-est.
- XVe Région - Livre d'Or de l'Assistance aux Convalescents Militaires... - 1916 [{BnF Gallica].
- Jean Riotte, Hôpitaux militaires de la 15e Région, Forum pages 14-18.
- Collections personnelles de Jehan Lande, Pierre Martin-Charpenel, Jean-François Delénat et sur delcampe.net.

Toute contribution susceptible de compléter ou d'enrichir cette étude sera bienvenue.

 


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